« Des douleurs, des peines y’en aura, mais on restera debout ! » Noir.
 C’est sur ces jeunes paroles du groupe Fauve et sur ce noir que l’ultime représentation de l’Atelier-Théâtre s’est achevée dans la nuit du 3 juin 2014. Une fin soudaine, brutale, et triomphale, tant les applaudissements des trois cent vingt spectateurs ont tonné dans la salle bleue de l’Agora de Boulazac.
 Rideau sur vingt ans de travail, de partage, de joie, d’éveil et de transfiguration.
 Rideau sur vingt ans d’un soleil provincial qui irradiait chaque année de sa vingtaine de rayons tout un lycée, et au-delà.
 Un peu d’âme s’en va de Jay-de-Beaufort, comme s’en est allée celle du grec ancien.
 Fondée par notre aimée collègue Marie-Jo Le Saux, sublimée depuis dix ans par notre Maître de théâtre Laurent Eyllier, baptisée à la Molière « Illustre-Atelier » pour sa dernière saison, notre troupe avait choisi de finir sur un coup d’audace : il s’agissait d’enchaîner six extraits du théâtre de Copi, plus déjantés, plus absurdes et plus risqués les uns que les autres. Aux dix-neuf comédiens, nous avons demandé beaucoup : ils ont tous donné beaucoup plus. Tous en scène, tous ensemble du début à la fin, ils ont secoué, choqué sûrement, mais réjoui et ravi leur public dans un parcours tonique et insolent, étonnamment maîtrisé jusqu’à la tendre et féroce chanson finale, lancée à toute volée, comme l’amour à la face de ceux qui doutent et n’osent pas : « Tu nous entends, la Dignité ? Tu nous entends !?
 Si tu nous entends, sache qu’on a un genou à terre et qu’on est désolés. On est désolés de tout ce qu’on a pu te faire, mais on va changer !… Tu nous entends, l’Amour ? Tu nous entends !? Si tu nous entends, il faut que tu reviennes parce qu’on est prêts maintenant, ça y est. On a déconné, c’est vrai, mais depuis on a compris. Et là, on a les paumes ouvertes avec notre cœur dedans… Tu nous entends, l’Univers ? Tu nous entends !? Si tu nous entends, attends-nous ! On arrive… » À ce moment de la soirée, quelle émotion ! Modestement, nous savons que pour nos élèves l’expérience a été, encore une fois, unique, fondatrice et exemplaire. C’est pourquoi il nous tarde que s’ouvrent bientôt, dans les collèges et lycées de France, des espaces nouveaux et différents sans doute de celui que nous avons arpenté, mais de même créativité, de même égalité et de même fraternité. Un immense merci à nos acteurs et à tous les camarades qui les ont précédés sur le plateau depuis tant de belles années. Merci à l’Agora, partenaire d’excellence. Merci au Théâtre de la Skênê, si fidèle et si discrètement chaleureux.
 Tu nous entends, Laurent ? Tu nous entends !? Si tu nous entends, Laurent !… merci.  Claude Augras
Photos de Madame Lachartre et de Franck Marichez.
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